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    Comment faire vivre la mixité à l'école ?
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    Droit des femmes: du retard au recul

    Lundi 01 Mars 2010

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    Mars-août 2010

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    27 mars 2010

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    • Comment faire vivre la mixité à l'école ?
    • Eric Favey
    • Bernard Toulemonde
    • Patrick Gonthier
    • Agnès Van Zanten
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    L’assouplissement de la carte scolaire décidé en 2007 a eu au moins une vertu : ses conséquences ont été si graves que la question de la mixité sociale à l’école est revenue au premier plan.

     

    Chacun sait que l’ancien système de la sectorisation, créé en 1963 pour gérer les effectifs, n’était pas satisfaisant : contourné par les familles les plus averties, subi de plus ou moins bonne grâce par les autres, il ne répondait plus à l’idéal républicain d’égalité. En outre, l’existence d’une forte demande sociale en faveur de la liberté de choix n’est pas une vue de l’esprit. Pour autant, l’idée un rien naïve qu’un ordre spontané naîtrait de la liberté laissée à tous n’est pas tenable ; en tout cas pas dans une société urbaine minée par l’entre soi et les logiques de relégation et de ghettoïsation. On s’en doutait, un récent rapport de la Cour des comptes vient d’en faire la preuve, en montrant que plus de la moitié des collèges « ambition réussite » ont perdu des élèves. Et ceux qui partent, souvent, sont ces bons élèves dont le monde enseignant sait à quel point leur présence est précieuse pour une classe ou un établissement.

     

    Se pose donc tout un ensemble de questions : la liberté de choix étant admise, ses conséquences étant connues, que faire ?

     

    Revenir à un modèle fondé exclusivement sur la contrainte n’est guère envisageable, et les comparaisons internationales menées par Nathalie Mons montrent que ces modèles ne fonctionnent vraiment que s’ils sont appliqués avec la plus extrême rigueur ; or nous sommes en France et notre amour républicain de l’égalité s’est toujours accommodé d’une pratique des passe-droits et des dérogations ; on ne voit pas pourquoi cela cesserait.

     

    Il nous faut donc apprendre à réguler les choix. Cela suppose sans doute une révolution des pratiques, tant dans les politiques publiques que dans la gestion des établissements. Et les idées sont nombreuses, comme vous le verrez en parcourant ce dossier : d’un changement de braquet dans le soutien aux établissements les plus fragiles aux « cordées de la réussite », qui offrent des perspectives aux meilleurs élèves, en passant par une politique de quotas dans les établissements les plus demandés, la palette des propositions est large.

     

    Ces propositions demandent à être débattues, et pour mener ce débat un travail d’information est indispensable ; nous espérons ici y contribuer, en pointant quelques-uns des travaux les plus importants sur ce sujet et en donnant la parole aux meilleurs spécialistes. Mais l’information ne suffit pas : pour débattre, éventuellement pour négocier, il faut des acteurs. Les solutions les audacieuses demandent de faire tomber certains tabous, tant dans la culture politique française que dans la culture de l’institution scolaire. En aurons-nous le courage ? La question est devant nous.

    Comprendre

    Quelles logiques sociales et individuelles sont-elles à l’œuvre dans les mécanismes qui ont conduit à la ghettoïsation de certains établissements ? Jusqu’où faut-il incriminer les stratégies des parents ou les effets pervers de la sectorisation ?
    • Les parents sont-ils des consommateurs d’école ? Les travaux d’Agnès van Zanten d’une part, de Laurent Visier et Geneviève Zoïa d’autre part, dessinent un tableau plus nuancé des stratégies scolaires des classes moyennes. Consulter la note de lecture. Lire l'article
    • Claude Lelièvre, historien de l’éducation, rappelle que la création de la carte scolaire en 1963 répondait surtout à des enjeux gestionnaires dans un contexte d’explosion des effectifs. Contestée dès les années 1980 au nom du « choix des parents », la carte scolaire a fait l’objet de nombreux débats sans que soient vraiment relayées par les politiques les propositions les plus sérieuses, comme l’idée d’une « politique de qualité contrôlée » avancée par le rapport Thélot ou celle d’une réelle différenciation. Lire l'article
    • Les travaux du sociologue Jacques Donzelot ont permis de comprendre et de formuler les évolutions sociales qui façonnent la ville d’aujourd’hui : entre-soi, ghettoïsation, relégation, ces logiques sociales aussi puissantes que complexes font naître entre les territoires des inégalités qui se concentrent dans les établissements scolaires. Consulter la note de lecture. Lire l'article
    • Gary Orfield, professeur à l’université de Californie, est depuis plus de 30 ans un acteur et un spécialiste de la lutte contre la ségrégation. Il raconte la reségrégation en cours à Los Angeles, et la façon dont les politiques scolaires de discrimination positive n’ont pas réussi à enrayer des logiques sociales résidentielles souvent soutenues par les politiques. Conclusion sans appel : c’est sur la mixité sociale des zones résidentielles plus que sur celle des écoles qu’il faut travailler. Lire l'article
    • Les comparaisons internationales menées par Nathalie Mons montrent que la sectorisation est rarement la prison et que le libre-choix n’est pas nécessairement la jungle. L’existence d’une carte scolaire en principe contraignante mais avec des ajustements à la marge se révèle souvent à la fois inéquitable et inefficace. Le libre choix total produit des inégalités sociales et une relative inefficacité, sauf pour les bons élèves. Un libre-choix régulé en amont ou en aval se révèle équitable et efficace. Consulter la note de lecture réalisée par Bernard Toulemonde. Lire l'article

    Que faire ?

    Revenir en arrière ? Personne n’y pense sérieusement ; mais les effets du nouveau modèle mettent en évidence la fragilité de certains établissements et oblige à repenser les moyens de défendre non seulement la mixité, mais aussi l’égalité.
    • Éric Favey, secrétaire général adjoint de la Ligue de l’enseignement, explique que si la sectorisation produisait des effets pervers (concentration, relégation) et une logique de contournement pour le moins inégalitaire, sa suppression a des résultats catastrophiques. Une autre carte scolaire devrait pouvoir être imaginée. Voir la vidéo A la Une.
    • Bernard Toulemonde, inspecteur général honoraire de l’Éducation nationale, explique qu’une des limites de la sectorisation et plus spécialement des ZEP est que l’État n’arrive pas à assurer la qualité de l’enseignement. On peut alors poser le problème de l’attractivité des ZEP autrement, en partant de l’affectation des professeurs et de leur rétribution. Voir la vidéo A la Une.
    • Patrick Gonthier, secrétaire général de l’UNSA Éducation, considère que la suppression de la carte scolaire a été une mesure idéologique, destinée à faire plaisir à certains segments de la population. Il est urgent de mettre en place un observatoire des effets du nouveau système est nécessaire ; l’enjeu est d’informer afin de mettre en place un vrai débat sur les dispositifs et de lancer une négociation, en osant poser la question de l’autonomie des établissements. Voir la vidéo A la Une.
    • La sociologue Agnès van Zanten a longtemps travaillé sur les stratégies d’évitement développées par les parents : contournements de la carte scolaire, recours au privé, stratégies résidentielles, ou même pression en faveur de classes de niveau au sein des établissements. Mais l’exemple d’une école de Montreuil montre qu’un investissement de ces mêmes parents peut contribuer à aider les élèves en difficulté et bénéficie ainsi à tous. Voir la vidéo A la Une.
    • Sociologue lui aussi, François Dubet explique les défis et les écueils d’un modèle de discrimination positive qui s’assumerait : il faudrait être en mesure de combiner l’idée que les gens ne sont pas prisonniers avec des règles de circulation : que les bons élèves des quartiers difficiles aient moins de raison de fuir leurs établissements, et des contraintes pour les établissements qui attirent les plus d’élèves. Lire l'article
    • Spécialiste des sciences de l’éducation, Stéphane Bonnéry a entrepris une relecture critique du concept « d’élève en difficultés », créé au cours du processus de massification scolaire pour rendre compte de l’inadaptation grandissante de nouvelles populations scolarisées, notamment issues de milieux « populaires ». Cela permet de revenir à nouveaux frais sur l’aide et de l’accompagnement que l’on pourrait concevoir aux côtés de l’École. Consulter la note de lecture d'Arnaud Tiercelin. Lire l'article

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    Des chiffres

     

    Population scolaire 2008/2009

     

    Primaire

    Public : 5 746 134, soit 86,5%

    Privé : 897 458, soit 13,5%

    Secondaire

    Public : 4 211 677, soit 78,9%

    Privé : 1 128 042, soit 21,1%

    Boursiers

    Collèges

    Public : 27,4%

    Privé : 11,3%

    Lycées d’enseignement général

    Public : 17%

    Privé : 7,9%

    Plus de 520 communes, ayant un ou plusieurs écoles privées, n’ont pas d’école publique. C’est aussi vrai pour les collèges et lycées dans certains secteurs.

     

    Chiffres extraits de « Repères et références statistiques », du ministère de l’Education nationale, édition septembre 2009.

     

    A la rentrée 2009 : 105 000 demandes de dérogation avaient été enregistrées pour la rentrée de septembre : 65 000 pour les sixièmes et 40 000 pour les secondes, deux classes qui constituent la majorité des demandes. Soit une progression de 9,4 % par rapport à la même période de l'an passé. 72 % des élèves entrant en sixième ont obtenu satisfaction, contre 65 % pour les inscrits en seconde.

     

    Chiffres ministère de l’Education nationale, pris dans les Echos.fr

     

    Sur les 224 collèges ambition réussite, 186 ont perdu des élèves, à la suite de l’assouplissement de la carte scolaire.

    Selon le rapport, la réforme de la sectorisation lancée à la rentrée 2007 par Xavier Darcos a entraîné une perte d’effectifs – jusqu’à -10% - et une concentration des élèves en difficultés dans nombre d’établissements notamment ceux relevant de l’éducation prioritaire.

     

    Extraits du rapport de la Cour des comptes, présenté le 3 novembre 2009 devant la Commission des finances du Sénat

     

    Depuis le milieu des années 1990, l’effort de la collectivité diminue. La dépense intérieure d’éducation, qui comprend les dépenses de l’Etat, des collectivités locales, des ménages et des entreprises, est passée de 7,6% de la richesse nationale en 1995 à 6,6% en 2007.

     

    Depuis 1995, le part des bacheliers n’augmente plus et le nombre d’étudiants stagne.

     

    En 1997, à 15 ans, près de 2 tiers des enfants des 20% des familles les plus pauvres étaient en retard en troisième, contre un cinquième de ceux des 20% des familles les plus riches. Plus de 60% des adolescents qui n’ont pas leur propre chambre avaient un retard scolaire à 15 ans, soit 20 points de pourcentage de plus que la moyenne nationale.

     

    Chiffres pris dans « Déchiffrer la société française », Louis Maurin, édition La Découverte (2009)

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