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  • Nos publicationsRevue de presseIEMConny Reuter : "Il faut craindre pour la démocratie en Europe"

    Conny Reuter : "Il faut craindre pour la démocratie en Europe"

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    - Propos recueillis par Diane Dorelon -


    Conny Reuter est secrétaire général de l’ONG Solidar*. Pour lui, la crise économique est en passe de mettre à mal la démocratie, et l’ensemble des États européens sont potentiellement concernés. Il conçoit le Manifeste de la Ligue de l’enseignement comme un appel à la mobilisation…


    Les Idées en mouvement : L’Europe traverse une crise sociale généralisée. Devons-nous nous alarmer ?


    Conny Reuter : Oui, et les chiffres parlent d’eux-mêmes : 80 millions de personnes, dont 20 millions d’enfants, vivent au-dessous du seuil de pauvreté en Europe. Le « travailler plus pour gagner plus » est un mensonge, en France et dans l’ensemble de l’Europe qui compte 19 millions de travailleurs pauvres. Aujourd’hui, tous les États membres subissent une dégénérescence du social, y compris les pays scandinaves qui – suite à la crise – risquent de perdre leur statut de modèles d’États providence. Sous couvert de modernité, on sacrifie l’humain. Le chômage grimpe et jamais la xénophobie n’a été aussi présente dans ces pays réputés tolérants.

    Car en effet, la crise économique s’accompagne d’une montée généralisée de l’extrême droite. Rappelons qu’en Hongrie, elle fait partie de la majorité parlementaire. L’extrême droite est organisée, méthodique et use de ressorts modernes. Il faut craindre pour la démocratie en Europe… Devons-nous nous préparer au même scénario que dans les années trente ? Je ne veux pas le croire. La société civile doit se mobiliser : c’est le contrat social qui est menacé.

     

    Peut-on sortir de l’impasse ?


    Le FMI, bien qu’il ait un socialiste à la tête, applique les mêmes règles qui ont fait des désastres dans le sud du globe. L’UE a envie de trouver des réponses. La stratégie Europe 2020 qui remplace depuis peu celle de Lisbonne vise une croissance « intelligente, durable et inclusive ». Le pendant social au développement économique est beaucoup plus prononcé. C’est une évolution positive que l’on doit aussi à la pression de l’« Alliance de Printemps » composée des ONG du secteur social, de l’environnement, de la Confédération européenne des syndicats, etc. Nous avons particulièrement bien joué notre rôle de lobbying.

    Les résistances viennent plutôt des États-membres. Sous prétexte de consolidation financière et fiscale, on perd de vue la consolidation du solidaire, de la cohésion sociale.

     

    Quel rôle peut, selon vous, jouer le Manifeste de la Ligue de l'enseignement "Faire société !"?


    Ce Manifeste permet la quête de sens. Les inégalités en Europe sont criantes et on assiste à une individualisation de l’action. Les partis politiques perdent la connexion avec les citoyens et la crise du militantisme en général et du syndicalisme en particulier est palpable en temps de crise. Ce manifeste est un appel à l’élaboration d’un projet commun autour de la consolidation du social. Reste cependant à l’internationaliser en le pensant dans une dimension européenne et internationale…

     

     

    *Solidar est un réseau fort de 53 associations dans 25 pays (et dont le siège est à Bruxelles). Il s’est donné pour mission de faire avancer la justice sociale en Europe et dans le monde. Il décline ses actions autour de trois axes : les affaires sociales, la coopération internationale et l’éducation tout au long de la vie. La Ligue de l’enseignement en est membre.

     

     

    Retrouvez les Idées en mouvement sur www.iem-laligue.org

    Pour s'abonner au journal, contacter Diane Dorelon


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