#DUTILITECITOYENNE : Contrats aidés, ils témoignent

ABC

« Grace aux emplois aidés, nous avons pu développer nos interventions d’éducation par le sport dans de nouveaux quartiers », Jean Belmer, président d’une association d’éducation par le sport à Lyon Métropole dans le Rhône.

« Nous sommes une association sportive agréée par l’Éducation nationale pour intervenir dans des écoles primaires et au collège. Nous intervenons en appui aux professeurs d’EPS et aux instituteurs, en particulier dans des quartiers populaires où les jeunes ont pas ou peu de pratiques sportives. Nous disposons aujourd’hui de six salariés dans l’association dont quatre postes ont été pérennisés et deux sont encore en emplois aidés. Tous ont débuté dans l’association grâce aux contrats aidés qui sont très utiles pour amorcer de nouvelles activités sur de nouveaux quartiers et de nouvelles écoles. Une fois l’activité implantée, nous sollicitons des financeurs publics locaux ou privés pour prendre le relais de l’aide de l’État. Cette stratégie nous a permis de pérenniser tous les contrats aidés embauchés depuis 2007.  100% des salariés bénéficient par ailleurs d’une formation diplômante (Brevet d’État, DEJEPS, BPJEPS, DUGOS). Les éducateurs sportifs sont en formation en alternance et bénéficient d’un tutorat du directeur technique. L’impossibilité de mobiliser de nouveaux contrats aidés va nous freiner dans notre développement. »

« Cette nouvelle contrainte RH va nous obliger à réduire les horaires d’ouverture de notre crèche et à augmenter le tarif pour les familles », Isabelle, directrice d’une crèche à Laversine, dans l’Oise.

« Nous avons ouvert la microcrèche en 2013 parce qu’il n’y avait pas de structure de petite enfance sur le village. Nous fonctionnons avec quatre salariés dont deux sont en emplois aidés et accueillons entre 14 et 17 familles par an. Un de nos contrats aidés se termine en décembre 2017 et il ne sera pas reconduit. Ne pouvant pérenniser le poste sans l’aide de l’État, nous allons devoir fonctionner avec trois salariés au lieu de quatre. Cette contrainte RH va nous obliger à réduire notre amplitude horaire d’ouverture. Nous accueillons aujourd’hui les enfants de 7h30 à 18h30  et allons devoir passer à une ouverture de 8h à 18h.  Les parents qui travaillent à 8h du matin vont devoir s‘organiser, en faisant appel à une assistante maternelle avant la crèche par exemple, avec un surcoût conséquent pour eux. Les aides de la CAF ne permettant pas de cumuler de deux modes de gardes différents, les familles seront doublement pénalisées.

Pour compenser cette perte du contrat aidé, nous allons aussi devoir augmenter le tarif horaire pour les familles de 6,75 à 7 euros par heure. Pour une famille faisant garder son enfant 8h par jour pendant 4 jours, cela représentera un surcoût de 100 euros par mois. Enfin, nous allons devoir limiter les départs en formation de nos salariés car l’activité de la crèche ne sera pas gérable avec deux salariés seulement, à moins de les mobiliser en heures supplémentaires, ce qui constituera un surcout ! »

« Grace aux contrats aidés, nous pouvions accueillir des enfants autistes dans nos ateliers de recyclage », Michel, président d’une association de recyclage participatif à Lorient.

« Nous sommes une jeune association de 2 000 adhérents qui organise des ateliers de recyclage avec les habitants de la ville de Lorient. L’association s’appuie sur 7 salariés, dont 3 en contrat aidé. Un des contrats aidés arrivant à échéance début octobre 2017 n’a pas été reconduit. Quant aux deux autres, qui arrivent à échéance fin 2017, nous n’avons aucune garantie de leur reconduction. Pour une petite association de 7 salariés, perdre 3 salariés va avoir des conséquences très importantes sur notre activité.
Nous organisons tous les après-midis des ateliers de recyclage avec les habitants au Péristyle à Lorient. Les participants créent des pots de fleurs à partir de pots de yaourt ou de bouteilles, des bijoux à partir de bouchons, des porte-monnaie en Tetra brick, des décorations de noël… Nos salariés en emplois aidés nous permettent d’accueillir des groupes d’enfants autistes, des repris de justice (dont des jeunes chargés de travaux d’intérêt général), des jeunes handicapés lors de ces ateliers. S’ils ne sont plus là pour encadrer ces activités, nous ne pourrons plus accueillir ces publics fragiles.
Par ailleurs, ces trois salariés interviennent dans des activités de médiation entre bailleurs sociaux et habitants sur certains quartiers de Lorient. Ils restaurent des meubles avec les habitants et construisent avec eux du mobilier urbain pour les pieds d’immeubles, comme des tables de pique-nique. Ces interventions ne pourront plus avoir lieu.
Enfin, notre salariée, dont le contrat vient de se terminer, était en charge de vendre nos prestations auprès de partenaires et jouait donc un rôle important pour notre autofinancement. En plus de perdre ces emplois, nous risquons donc aussi de perdre par ricochet des moyens de financement. C’est la survie de notre association qui est en jeu. »

« Les contrats aidés nous permettaient de mieux répondre à la demande de cours de français pour adultes », Céline, directrice d’un centre social à Vierzon.

« Notre association, centre social associatif, est situé sur un quartier politique de la ville au nord de Vierzon, et fonctionne comme un centre social. Créé en 1992, il dispose de quinze salariés, dont sept sont en emplois aidés. Deux d’entre eux n’ont pas été reconduits en cette rentrée 2017 et les cinq autres contrats devraient être supprimés d’ici fin 2018. Sans aide de l’État, nous ne pouvons plus salarier notre formatrice en langue française et avons bloqué les inscriptions de nos ateliers d’apprentissages français pour la fin 2017. Cette situation est totalement contradictoire avec le souhait exprimé par l’État, plus particulièrement la DDCSPP, en début d’année 2017 de voir nos activités d’apprentissage de la langue française renforcées pour faciliter l’accueil des migrants. N’ayant plus de directeur pour assurer le fonctionnement de notre centre de loisirs, nous envisageons une fermeture en janvier 2018. Les parents ont exprimé leur inquiétude mais sans avoir encore pleinement réalisé la situation. Sans doute allons-nous aussi devoir réduire nos activités d’accompagnement socioéducatif de jeunes déscolarisés. Enfin, nous accompagnons chaque année plus de 450 jeunes dans leur scolarité sur la ville de Vierzon. Faute de personnel suffisant, nous allons devoir réduire le nombre de classes d’élèves bénéficiaires de ces activités et nous recentrer sur les quartiers les plus prioritaires. »

« Les contrats aidés nous avaient permis d’assurer la diffusion de spectacles dans 20 communes rurales supplémentaires », Laurence, salariée d’une compagnie de théâtre à Grenoble.

« Nous sommes une Compagnie de théâtre créée en 1990 à Grenoble. Nous produisons des spectacles que nous diffusons dans les quartiers populaires de Grenoble et en milieu rural, avec comme objectif de rendre l’art accessible à tous. Notre équipe est composée d’une trentaine de bénévoles, de 5 permanents et d’une dizaine d’intermittents. Depuis une dizaine d’années, nous avons compensé la baisse de nos subventions par des recrutements d’emplois aidés. Mais les trois contrats aidés de notre équipe de permanents prendront fin en novembre 2017 et ne seront pas reconduits.
Dans ce contexte, nous allons devoir réduire fortement nos actions de solidarité, en particulier les spectacles que l’on joue gratuitement dans les quartiers ou en milieu rural autour de sujets de société comme l’écologie, le racisme. Les contrats aidés nous avaient permis d’assurer la diffusion de spectacles dans 20 communes rurales supplémentaires. Nous ne pourrons plus assurer cette diffusion en direction des enfants autistes. Nous allons devoir nous recentrer sur nos cours de théâtre payants donc rémunérateurs mais qui ne s’adressent pas au même public. »