Engager un débat démocratique en classe à partir d’une controverse

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Partir d’un sujet controversé pour enseigner le débat démocratique en classe, c’est ce qu’a proposé la Fondation Evens – en partenariat avec la Ligue de l’enseignement – à plusieurs enseignants. Le site internet semparerdescontroverses retrace cette expérimentation et propose des outils aux enseignants qui voudraient, eux aussi, initier de tels débats auprès des jeunes. Une bonne approche pour développer leur sens de l’analyse et leur esprit critique.

 

Le réchauffement climatique, l’accueil des migrants, les violences (policières, à l’égard des femmes…), le droit de mourir dans la dignité, les OGM… Autant de sujets qui font débat et agitent notre société. Quand certains d’entre eux « s’invitent » dans les salles de classe, les échanges peuvent être houleux, voir conflictuels, et les enseignants se sentir « dépassés » car ne maîtrisant pas tous ces sujets controversés.

Pourtant, une des principales missions de l’école est de former les jeunes à devenir des citoyens. C’est-à-dire à prendre part à la vie de la Cité. Ignorer le besoin des élèves d’aborder certains débats controversés, c’est prendre le risque qu’ils le fassent ailleurs, dans d’autres espaces, en dehors d’un cadre éducatif sûr et structuré.
Il est alors intéressant de saisir l’opportunité éducative que constitue la controverse pour impulser et développer le débat démocratique en classe.

C’est à partir de ce constat qu’en 2018, la Fondation Evens, en partenariat avec la Ligue de l’enseignement, a proposé à des équipes éducatives d’expérimenter la controverse pour travailler des savoirs et développer le débat démocratique dans leurs classes. L’occasion pour les élèves de faire l’expérience de l’échange, de prendre en compte des opinions diverses, de confronter leurs points de vue, ou encore d’interroger les informations diffusées par les médias…

Du côté des enseignants, travailler les controverses implique de le faire collectivement, en déterminant des objectifs propres à leurs disciplines mais aussi des objectifs transversaux. L’équipe éducative se positionne en équipe de chercheurs pour répondre, ensemble, aux problématiques soulevées par la controverse qui se présente comme un nœud de questions non résolues auquel on tente de répondre grâce à un processus ouvert et continu.

 

« Faire la distinction entre connaissance et croyance »

Des enseignants des lycées Germaine Tillion (Le Bourget) et Saint-Just (Lyon) et du collège Louise Michel (Clichy-sous-Bois) ont mené cette expérimentation avec leurs élèves. Olivier Morin, maître de conférence à l’université de Lyon (1), a suivi les travaux des enseignants. Pour lui, « la controverse permet, dès le primaire, de faire distinguer aux enfants la connaissance de la croyance. Par définition la connaissance peut être expérimentée, contestée, discutée, alors que la croyance ne le peut pas l’être ».

Nadia Biskri, du lycée Saint-Just a expérimenté la controverse de différentes manières : « Partant d’un fait divers, j’ai organisé un débat parlementaire autour d’une proposition de loi imaginée. Acquisition du sujet, apprentissage de l’oralité… Les bienfaits pour les élèves et l’enseignant sont incommensurables. J’ai aussi travaillé avec mes élèves de 1ère la question de la désobéissance, donc l’affrontement entre légitimité et légalité, avec comme point de départ l’arrestation de Cédric Herrou. »

Pour Timothée Deniset, du lycée Germaine Tillion, « la controverse permet d’analyser de nombreux discours, d’en discerner la scientificité et la véracité. Il s’agit avec les élèves de lutter contre le relativisme : ils apprennent que tous les arguments ne se valent pas ».

Le site internet semparerdescontroverses.org revient en détails sur cette expérimentation et propose des ressources : articles, kit pédagogique, retours d’expériences, références bibliographiques, vidéos…

 

 

(1) Le laboratoire S2HEP (Sciences, Société, Historicité, Éducation, Pratiques) de l’université de Lyon dont est membre Olivier Morin, et la Délégation à la Formation Innovation Expérimentation (DFIE) de l’académie de Lyon, représentée par Michèle Prieur sont également partenaires de l’expérimentation.