« Ouvrir plus et mieux les bibliothèques »

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Fin février, l’académicien Erik Orsenna et Noël Corbin (Inspection générale des affaires sociales) ont remis à Françoise Nyssen, ministre de la Culture, leur rapport sur les bibliothèques. Après un tour de France des établissements, les auteurs ont établi un état des lieux et formulé une vingtaine de propositions pour mettre en œuvre l’engagement présidentiel « d’ouvrir plus, mieux et différemment » les bibliothèques.

Les bibliothèque et points de lecture – 16 500 en France – ont déjà entamé une mutation pour mieux s’adapter aux attentes et pratiques des publics. Elles sont devenues des « tiers lieux » ou encore des « maisons de service public culture », à la fois musées, lieux de vie, de détente, et d’accès au numérique. Un chiffre confirme cette tendance : 50 % des visiteurs n’empruntent pas de documents.
Le chemin à parcourir reste néanmoins important pour rendre ces établissements plus accessibles. La question des horaires d’ouverture reste centrale. Avec des amplitudes allant de 20 à 42 heures selon les territoires, les bibliothèques françaises se placent loin derrière des villes européennes comme Copenhague (98 heures/semaine).

Parmi les autres propositions : davantage d’équipements connectés pour lutter contre la fracture numérique, mieux accompagner la recherche d’emploi (permanences de professionnels de Pôle Emploi dans les bibliothèques), meilleure accessibilité aux personnes handicapées, garantir à tous les détenus le droit à la lecture en prison…

Les bénévoles, maillon essentiel
L’accès à la culture passe – aussi – par l’humain. Et ils sont nombreux à œuvrer au sein des bibliothèques entre les professionnels, les bénévoles ou encore les volontaires en service civique. Le rapport pointe le rôle déterminant des 81 000 bénévoles dont les interventions représentent 18 000 postes en emploi à temps plein. Dans les départements ruraux, il peut y avoir jusqu’à 4 ou 5 bénévoles pour 1 agent permanent. Ce qui revient à dire que, sans les bénévoles, de nombreuses bibliothèques rurales fermeraient. Pour autant, ces initiatives doivent être accompagnées par des formations et encadrées. Et si le rapport annonce le financement possible de 200 projets d’extension d’horaires, il ne dit rien du financement de la formation et de l’accompagnement des bénévoles et des autres acteurs.

Des partenariats pour renforcer le réseau de lecture publique
Le rapport préconise de garantir, si nécessaire par la loi, le rôle et le fonctionnement des bibliothèques départementales, indispensables à la vitalité du réseau de lecture publique, notamment dans les zones rurales. Il prévoit aussi de privilégier (surtout dans les petites et moyennes villes), lors de rénovation ou de construction de nouvelles bibliothèques, la mutualisation d’espaces avec des services intervenant dans le champ de la cohésion sociale (PMI, CCAS, Pôle emploi) et les maisons de service public culture.

Le rapport se termine par deux propositions symboliques : la création d’une plateforme numérique d’échange pour les personnels, élus et associations concernés par les bibliothèques afin d’y échanger expériences et bonnes pratiques, et la création d’un label qui serait décerné aux collectivités s’engageant pour la lecture publique (équipements, horaires, partenariats…).

La Ligue engagée, au-delà des bibliothèques
La Ligue se réjouit des ambitions explicites du gouvernement pour réduire en partie l’écart qui nous sépare de nombre d’autres pays européens, et de la reconnaissance de la place des bénévoles. Elle reste néanmoins attentive aux moyens qui seront alloués, notamment aux bibliothèques départementales ; la lecture ne saurait être promue que dans les seules bibliothèques, et pour atteindre certains publics « oubliés », il conviendra de s’appuyer sur d’autres dispositifs ou lieux tiers.

Aux côtés du travail des 18 000 lecteurs bénévoles de Lire et faire lire, le lancement prochain de notre programme d’engagement de service civique « En toutes lettres » favorisera la création de points lectures fixes ou itinérants et de réseaux de boîtes à livres. Il fera le lien avec l’expression orale et écrite, et s’attachera à n’oublier ni les prisons, ni les hôpitaux, ni les maisons de retraite.