• home
  • Actualité
  • Réaction de la Ligue de l’enseignement suite à la démission de Nicolas Hulot

Réaction de la Ligue de l’enseignement suite à la démission de Nicolas Hulot

Nicolas Hulot

Au-delà de la dignité dont elle est empreinte et que nous saluons, la démission de Nicolas Hulot questionne la société dans son ensemble et ne peut laisser sans réaction la Ligue de l’enseignement.

Si chacun des éléments d’explication donnés par l’ancien ministre de la Transition énergétique méritent d’être entendus, deux interpellent plus particulièrement le Mouvement d’éducation populaire qu’est la Ligue de l’enseignement.

Le premier est un problème de démocratie. Il s’agit, non pas de l’existence, mais du poids excessif des lobbies dans les décisions publiques. Dans ce domaine, le traitement des questions environnementales est particulièrement  révélateur de cette réalité. Les renoncements obtenus ces derniers mois du gouvernement par les groupes de l’industrie chimique, de l’industrie agro-alimentaire, de l’industrie énergétique ou encore des chasseurs en sont l’inquiétante démonstration. Mais cette priorisation d’intérêts particuliers face à l’intérêt général dépasse, et de loin, le seul secteur de l’environnement. Ainsi, celui de la santé fait face à l’incroyable poids de l’industrie pharmaceutique, et celui de l’éducation est soumis aux pressions de groupuscules extrémistes ou de géants mondiaux de l’industrie du numérique.  Pour la Ligue, il est urgent d’encadrer réellement l’action des lobbyistes : en garantissant une transparence totale des relations entre les décideurs publics et les lobbies, ou encore en interdisant les va et vient entre l’exercice de certaines fonctions publiques et de fonctions professionnelles au sein de groupes de pression. Il en va de la crédibilité de la décision politique, et par répercussion de la légitimité même du fonctionnement démocratique.

Mais l’enjeu démocratique c’est aussi que les citoyens et les opinions soient gagnés plus massivement aux changements nécessaires pour enrayer la tragédie qui s’annonce. Les responsables politiques quelles que soient leurs qualités ont besoin d’une société civile qui prépare et accompagne les changements. Ce n’est pas la marque de ce gouvernement qui méprise trop souvent les corps intermédiaires.

Le second a trait aux choix politiques faits par les gouvernements successifs et l’actuel en particulier. « … la situation universelle, au moment où la planète devient une étuve, mérite qu’on se retrouve et qu’on change d’échelle… » a déclaré Nicolas Hulot, refusant de cautionner plus longtemps la politique des petits pas et surtout pointant du doigt le fond du problème.  Quel est le constat ? Cette année, depuis le 1er août, la planète vit à crédit, ses habitants ayant consommé en seulement 7 mois toutes les ressources naturelles que la Terre peut produire en une année entière. Et chaque année, la date de ce jour fatidique dit « jour du dépassement » arrive un peu plus tôt. A elle seule, cette donnée résume bien l’irresponsabilité du mode de vie de nos sociétés dites développées. D’autant plus qu’en parallèle de cette situation, chacun peut constater l’inexorable progression des inégalités de tous genres. Non pas que la situation environnementale soit la seule cause de l’accroissement des inégalités sociales, économiques, d’accès à l’éducation ou à la culture, mais parce que cette dernière est un des principaux marqueurs de cette dégradation. Un monde où la richesse produite ne cesse d’augmenter tout en se concentrant entre les mains d’un nombre toujours plus petit d’individus ne peut être que générateur d’inégalités. Aussi importantes soient-elles, les questions environnementales ne sont donc pas le seul problème. Il s’agit bien d’une situation systémique qui ne peut trouver de solution que dans une démarche globale. C’est le sens d’un projet politique qui servirait l’intérêt général. Un projet qui engagerait irrémédiablement la lutte contre les inégalités, ce qui implique qu’il soit porteur d’une démarche de partage plus égalitaire des richesses.

Pour la Ligue de l’enseignement, c’est le sens d’autres modèles de développement humain qui n’hypothèquent pas l’avenir de l’humanité. Il est indispensable d’imaginer d’autres modèles économiques et sociaux, d’autres modes de consommation et de production « décarbonnées ». C’est dans cet objectif qu’elle a engagé depuis plus de 20 ans, de nombreuses actions visant à permettre à chacun de disposer des clés de compréhension des enjeux, pour pouvoir agir concrètement sur les causes et sur les conséquences des difficultés rencontrées. Malheureusement, elle ne peut que constater un retrait par les pouvoirs publics des moyens affectés à ces actions, mais aussi un recul clair de leur volonté d’agir et de mobiliser. Dans ce contexte, la démission de Nicolas Hulot doit être entendue comme un cri d’alarme à conjuguer avec les nombreuses alertes exprimées par les associations pour l’éducation à l’environnement  ou la protection de la nature. La Ligue de l’enseignement compte parmi celles-là. Elle appelle donc le gouvernement à sortir des postures de communication, et à engager une véritable mutation des pratiques dans ce domaine en faisant véritablement du développement durable et de la transition écologique l’un des axes forts de la lutte contre les inégalités.