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Épicerie solidaire Market Sidou : quand bien manger rime avec solidarité

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Depuis janvier 2018, la résidence Habitat Jeunes Roger Sidou à Perpignan, gérée par la Ligue de l’enseignement des Pyrénées Orientales, a ouvert Market Sidou, une épicerie solidaire. En partenariat avec la Banque alimentaire, ce service permet aux résidents de bénéficier de paniers hebdomadaires composés essentiellement de produits frais, pour une participation de 5 €. L’épicerie propose également des ateliers pour soutenir les jeunes dans la gestion de leur vie quotidienne : bien manger, anti-gaspillage, solidarité… autant de clés pour démarrer sereinement leur vie d’adulte.

La résidence Roger Sidou accueille des jeunes apprentis, étudiants, salariés ou en recherche d’emploi. « Quasiment tous nos résidents vivent en dessous du seuil de pauvreté, certains cumulent les CDD, d’autres sortent de foyers ou sont encore en formation. Nous sommes là pour les accompagner dans leur projet de vie : après avoir repéré les difficultés qu’ils rencontrent, nous mettons en place des actions pour y répondre. C’est dans cette optique que nous avons créé l’épicerie solidaire Market Sidou », explique Hervé Massé, directeur de la structure.

Sarah, volontaire en service civique, a participé à toutes les étapes de ce projet. Et depuis janvier, elle gère l’épicerie comme une pro : « Dès que je suis arrivée ici, j’ai constaté que la plupart des jeunes peinaient à s’alimenter, faute de moyens. L’idée de créer une épicerie solidaire m’est venue comme une évidence. Cette mission m’a tout de suite intéressée. Avec Market Sidou, j’avais carte blanche. J’ai donc contacté la Banque alimentaire pour engager un partenariat et tout s’est enchaîné. J’ai également démarché des producteurs locaux qui nous permettent d’avoir accès à des fruits et légumes de saison. Je tenais vraiment à ce que cette initiative voit le jour, c’est un peu mon bébé ! » confie-t-elle.

La distribution des paniers a lieu chaque mardi. Tôt le matin, c’est elle qui récupère les denrées à la Banque alimentaire, avec Hervé Massé. « Toutes les semaines c’est la surprise ! La Banque met de côté ses marchandises en excédent et nous les récupérons. On n’a pas le choix sur les dons, mais on arrive toujours à réaliser des paniers équilibrés avec des produits frais. S’il manque des choses, nous complétons avec les fonds propres de l’établissement. Tous y trouvent leur compte : ceux qui ne mangent pas de porc, les végétariens, les végans… nous n’excluons personne », soutient la jeune fille. « Une fois par mois nous incluons au colis des produits d’hygiène, qui sont vendus très chers en supermarchés », complète Hervé Massé.

« Un moment convivial entre résidents »
Une fois les provisions récupérées, place à la préparation des sacs individuels. Cette fois, tout le monde met la main à la pâte : chaque semaine, quelques bénéficiaires se proposent pour aider Sarah, en échange d’un panier gratuit. Virginie, 18 ans, résidente depuis quelques mois, répond toujours à l’appel. Elle participe au déballage des marchandises, puis au stockage et à la répartition des produits dans les sacs. Elle ne manquerait cette « routine du mardi matin » sous aucun prétexte. « Cela peut sembler anodin mais j’y ai pris goût. Grâce à Market Sidou j’ai accès à des produits frais que je ne pourrais pas me payer seule. En plus, c’est un moment convivial entre résidents. On n’a pas vraiment l’impression de travailler. On y met tous du nôtre, on discute, on apprend même à faire la cuisine grâce à Sarah. En donnant de mon temps je me sens utile à mon tour. Quand je pense à l’avenir, j’aimerais travailler dans le social, pour servir les autres à mon tour. »

En fin de journée, il est temps de distribuer les colis. Un par un, les bénéficiaires inscrits viennent récupérer leurs provisions. Au menu cette semaine : nectarines, abricots, ananas, blettes et poivrons bio, pain complet, œufs, fromages, viandes ou steaks de soja ainsi que quelques douceurs. « Il n’y a aucun engagement, les résidents peuvent s’inscrire pour un colis ponctuellement ou le prendre toutes les semaines. Chacun fait comme il l’entend. Dans un panier, il y a l’équivalent d’environ 40 € de nourriture. Il est possible de tenir facilement 4 jours. Même si les jeunes complètent de leur poche pour les à-côtés, ils ont déjà une bonne base alimentaire », développe Emmanuelle Barreto, animatrice socio-éducative.

Valentin D., 23 ans, animateur à temps partiel, vient aider pour la distribution dès qu’il en a l’occasion. « C’est un échange de bons procédés : beaucoup de gens sont dans la galère ici, et ce système nous permet à tous de manger équilibré. Qui aurait cru que je cuisinerais des légumes ? », plaisante le jeune homme. Valentin H., lui, travaillais dans la maintenance des bateaux et est actuellement sans emploi. Dès qu’il peut, il vient donner un coup de main : « C’est dur financièrement. L’épicerie solidaire m’aide beaucoup. Du coup, je viens soutenir les autres. En plus, on découvre des aliments qu’on ne connaît pas forcément. C’est le genre de chose qui aide lorsqu’on commence dans la vie active. »

« Manger sain et frais pour pas cher »
En plus des paniers, les résidents bénéficient des conseils avisés de Sarah. Après la distribution, elle organise régulièrement des ateliers à thèmes notamment sur la gestion budgétaire. « En faisant les courses intelligemment on peut économiser de l’argent et continuer à se faire plaisir ! Je leur montre comment établir une liste de courses, et éventuellement prévoir des menus pour la semaine. » Ce point est aussi prétexte à sensibiliser les jeunes à l’alimentation saine : « Ils ne se dirigent pas spontanément vers les fruits et légumes. Soit ils ne mangent pas pendant quelques jours, soient ils optent pour la facilité et achètent une pizza. Je tiens à leur prouver qu’on peut manger sain et frais pour pas cher. La semaine dernière, je leur ai montré comment cuisiner les champignons, ils ont adoré. Ce soir ce sont les blettes, je suis sûre qu’ils seront surpris ! Pour ceux qui n’aiment vraiment pas un produit, ils peuvent toujours échanger avec leurs camarades ou nous le rendre. La règle, c’est zéro gaspillage !», soutient Sarah.

Cela fait à peine 5 mois que le Market Sidou a vu le jour, et plus d’une vingtaine de colis sont distribués chaque semaine, ce qui équivaut à deux tonnes de nourritures depuis le début de l’opération. Si l’objectif premier était de répondre à la précarité alimentaire des résidents, Sarah et toute l’équipe ont réussi à mettre en place un système d’échange et de solidarité.