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    Le modèle associatif est-il viable ?
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    Droit des femmes: du retard au recul

    Lundi 01 Mars 2010

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    • Le modèle associatif est-il viable ?
    • Nadia Bellaoui
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    « Il existe dans la vie trois types de mensonges, disait Winston Churchill : lies, bloody lies (les très gros mensonges) and statistics ». La crise financière a montré avec quelle prudence il faut considérer les chiffres de la croissance, qui peuvent décrire aussi bien une économie solide que des bulles prêtes à éclater. Et sans même évoquer ces corrections brutales, la vie de nos sociétés se résume-t-elle aux chiffres de la production et à ceux de la consommation ?

     

    En 2008, le président de la République a mis en place une Commission réunissant deux prix Nobel et des experts de haut vol, pour imaginer de meilleurs thermomètres de l'activité. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

     

    Pour le dire rapidement, des progrès sont en vue pour la mise en œuvre d’autres représentations du bien-être social. Ce n’est pas rien. Mais ces représentations ont une tendance très nette à oublier le monde associatif. 

     

    Certes, le rapport Stiglitz appelle à une meilleure prise en compte des activités non marchandes. Mais il insiste surtout sur l’activité informelle des ménages et les activités de service public. La bonne ou la mauvaise volonté de la Commission n’est pas en cause : elle a, pour l’essentiel, compilé et synthétisé les travaux de la littérature spécialisée. Mais ces travaux sont marqués du défaut congénital de la science économique, qui est centrée sur les agents économiques. Les alternatives au PIB invitent simplement à changer de catégorie d’agents, en passant des entreprises aux ménages.

     

    Le tiers secteur ne peut guère exister, dans cette perspective, que comme prestataire de services publics ou de services au public. Ce qui ne saisit qu’une partie de la réalité et manque la spécificité des activités associatives. Comment rendre compte en effet de la fonction civique, de la façon dont les associations contribuent diversement à tisser et réparer le tissu social ?

     

    Se pose alors pour le monde associatif une question stratégique. Une possibilité est de se détourner de ces représentations et de persévérer dans l’action quotidienne, qui après tout se passe fort bien d’être mesurée ou pas. Une autre possibilité est de militer pour des représentations très différentes, dégagées de l’économisme ambiant. En politique, c’est la voie de l’altermondialisme ; sur le plan intellectuel les travaux de l’école anti-utilitariste offrent des ressources. Une troisième et dernière possibilité, enfin, est de travailler à faire évoluer les représentations dominantes, les catégories de l’INSEE ou celles des alternatives au PIB qui se dessinent aujourd’hui. Le monde associatif est multiple et il serait illusoire d’imaginer qu’il se fédère autour d’une stratégie unique. Il est d’autant plus utile pour les acteurs de comprendre le paysage intellectuel qui informe les stratégies, y compris les leurs.

    Comment représenter la richesse des sociétés ?

    • Le philosophe Alain Caillé remet en perspective la dimension économique des sociétés humaines à partir des travaux fondateurs de Marcel Mauss et de la triple obligation de donner, rendre et recevoir. Voir l'intervention vidéo dans le A la Une.
    • L’économiste Marc Fleurbaey identifie les pistes suivies aujourd’hui par les chercheurs pour élargir les représentations de la richesse des sociétés et formuler des alternatives au PIB. Lire l'article
    • Que retenir des rapports Viveret (2000) et Stiglitz (2009) sur la représentation de la richesse des sociétés ? Autant leurs oublis que leurs avancées. Lire l'article
    • La sociologue Dominique Méda commente le rapport Stiglitz et pose la question centrale : comment comptabiliser, comment compter ce qui compte vraiment ? Lire l'article
    • Nadia Bellaoui, de la Ligue de l’enseignement, résume la situation des associations dans le contexte actuel : elles vivent sous la double menace d’être réduites à des prestataires de services publics ou d’être considérées comme de simples acteurs du marché. Voir l'intervention vidéo dans le A la Une

    Vers un nouveau modèle économique pour le monde associatif ?

    • Le sociologue Serge Guérin rappelle que l’action des associations consiste aussi à prévenir et à éviter : des activités difficiles à représenter. Voir l'intervention vidéo dans le A la Une.
    • L’économiste Philippe Kaminski dresse un rapide état des lieux statistiques : que représente le monde associatif en termes d’emploi et de contribution à la richesse nationale dans le modèle statistique actuel ? Lire l'article
    • L'économiste Viviane Tchernomog interroge la dépendance des associations aux ressources publiques. Quelles tendances lourdes, quelles évolutions prévisibles ? Lire l'article
    • Hugues Sibille, du Crédit coopératif, appelle le monde associatif à mieux formaliser son rapport avec le monde marchand, sans pour autant renier ses valeurs propres. Lire l'article

    Des chiffres

     

    Il existe 1 200 000 associations en France aujourd’hui dont près de 2 000 sont reconnues d’utilité publique.

    1 400 nouvelles associations sont créées chaque semaine.

    73 000 associations ont été créées au cours de l’année 2008-2009. En moyenne, 60 000 associations sont créées chaque année.

    Il y a entre 12 et 15 millions de bénévoles travaillant dans les associations.

    Un salarié privé sur 10 est employé par une association.

    177 000 associations emploient  1 745 000 salariés.

    En 2008, le secteur associatif a créé plus de 30 000 emplois,

     

    Le secteur associatif a maintenu une croissance de l’emploi de l’ordre de 1,9 % au premier semestre 2009, alors que le reste du secteur privé présente une baisse de 2%.

    L’emploi des femmes représente 60% des emplois alors que dans le reste du secteur privé il est de 50%.

    L’embauche des salariés de plus de 50 ans était de 17% en 2008, contre 12% pour le reste du secteur privé.

    En matière d’insertion, on note que les mesures prises en faveur de l’emploi de publics particuliers représentent 20% contre 5% pour le reste du secteur privé.

     

    Chiffres à consulter sur le site www.recherches-solidarites.org

     


    Vos commentaires

    • Barbet le 25/02/10
      Ne limitez pas les associations au bénévolat !

      Au-delà des associations caritatives, de loisirs... il y a les associations et fédérations d'associations avec une action sociale non négligeable, couteuse, et riche en terme de prévention des inégalités.

      Ses associations ce sont aussi des employeurs, une activité économique non lucrative, des financements publiques en perdition...
      Répondre
    • aubry le 25/02/10
      Selon moi, le modèle associatif est viable mais tout dépend de son échelle. Est il pertinent de créer un échelon national associatif ? Cela tend a recréer un espèce de centralisation des pouvoirs décisionnel. Une association est le résultat de ce que veulent bien en faire les adhérents avec toutes leurs particularités et celle du territoire... Quelle pretention de croire que depuis paris on peu determiner quoi faire dans toute la france !! Et en dehors de pretention, cela me semble aller a l'encontre des principes associatifs...

      Je pense aussi que le fait d'introduire des salariés au milieu associatif les tuent a petits feux. Les salariés sont censés être au service des adhérents, du projet associatif. Lorsqu'une association ne dispose plus d'une force vive d'adhérent, de militant ni même de projet associatif, l'asso ne devrait plus avoir lieu d'être or on les garde en vie car des emplois dépendent de celle ci... Dans ce cas autant en faire des entreprises !!

      Autre remarque, est il normal de voir des individus toucher un salaire 7000€/mois en milieu associatif ?? Des lors (entre autre) la recherche de fonds ne sert plus qu'a payer les salariés... On passe plus de temps a tenter de sauver la peau des salariés qu'a mettre en place des projets !!

      Le modele associatif est viable, mais il ne faut pas avoir les yeux plus gros que le ventre, comme la ligue de l'enseignement (pour ne citer qu'elle) a pu l'avoir !!!!
      Répondre
    • Christophe BERNARD le 23/02/10
      J'ai toujours travaillé dans des structures associatives (mouvement des Foyers de Jeunes Travailleurs et aujourd'hui des Maisons Familiales Rurales). J'ai également été bénévole actif du mouvement des Foyers Ruraux. Bref, je suis un convaincu de ce qu'on appelle l'éducation populaire. Encore aujourd'hui, je pense que le statut associatif, et le partenariat qu'il demande avec les bénévoles du "bureau" de l'association, est encore l'un des derniers piliers pour "l'essence d'une société plus humaine". Alors, même si au quotidien on peut grogner contre le manque de moyens ou de bénévoles justement, il faut défendre ce statut si particulier. Rien n'empêche par contre de le dépoussiérer, il date tout de même de 1901 ! Je vous invite à consulter mon blog, qui questionne ma pratique de moniteur en MFR :
      http://christophebernard.eklablog.com/plaidoyer-pour-le-benevolat-a1013849
      Répondre
    • Jean-Claude Charrié le 21/02/10
      Très bonne contribution pour le débat "Comment faire société ?" ;-)

      Je ne suis pas sûr que Nadia est raison de penser qu'il est bon que les économistes se préoccupent de faire rentrer dans le champ de leur rationalité ce qui lui échappe.

      Si par hasard ils y arrivaient, cela voudrait dire que leur raison serait définitivement indépassable. (voir "La nouvelle raison du monde" de Laval et Dardot - La Découverte - Janvier 2009)

      Il faut peut-être considérer au contraire, en quoi ce qui est encore perçu comme "l'économie du don", ou de la contribution (voir Stiegler à propos de l'internet et de l'économie de la connaissance...) peut être le symptôme de la transgression à venir de la rationalité économiste et matérialiste.

      A suivre...
      Répondre

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